LA SURVIVANCE DE L’ESTHETIQUE BAROQUE
DANS LA SEMAINE SAINTE ANDALOUSE
DANS LA SEMAINE SAINTE ANDALOUSE
La Semaine Sainte andalouse commémore la Passion et la Mort du Christ à travers les défilés processionnels des confréries de pénitence, dites «de la Semaine Sainte» ou «de la Passion», dans les rues des villes et des villages andalous. Ces confréries, qui vouent un culte public aux mystères de la Passion et de la Crucifixion, marquent leur dévotion en effectuant un défilé de pénitence (1) sur un parcours urbain, défini par les autorités civiles et religieuses, et en exhibant leurs images tutélaires dans une représentation plastique appelée paso.
Le paso n’est pas un char proprement dit puisqu’il n’est pas tiré mécaniquement, mais porté par un groupe d’individus, au nombre variable, appelés « costaleros » ou « cargadores » selon la tradition de portage. Le paso est composé d’une plate-forme en bois ouvragé et luxueusement décorée d’orfèvrerie, percée d’ouvertures afin de permettre aux porteurs, recouverts par un lourd rideau de velours, de respirer. Cette plate-forme est surmontée d’une superstructure d’orfèvrerie ornée de candélabres, cierges, angelots et gerbes de fleurs et sur laquelle se dresse la ou les images : une représentation sculptée du Christ — captif (cautivo), portant sa croix (nazareno) ou crucifié – (crucificado) —, tout un groupe sculpté si l’ensemble représente une scène de la Passion (paso de misterio). Lorsque le paso porte une représentation de la Vierge, il est couronné d’un gigantesque dais (paso de palio). Les images des Christs captifs ou portant la croix ou des Vierges sont parées de vêtements cérémoniels en velours brodé. Les porteurs du paso, cachés sous le rideau de velours, sont guidés par un contremaître (capataz) qui donne ses ordres au moyen d’un martelet (llamador) intégré à la superstructure.
L’ensemble de la composition plastique du paso, de l’orfèvrerie aux images, est fortement empreinte d’esthétique baroque. Cette présence du baroque s’explique, en partie, par les origines des confréries dites «de la Semaine Sainte» ou «de la Passion». et du défilé processionnel. En effet, les confréries de pénitence dévouées aux saints mystères de la Passion et de la Crucifixion sont apparus au XVIe siècle et ont connu une période de splendeur au cours du siècle suivant (2). Au départ, les membres de la confrérie effectuaient leur défilé de pénitence en portant un simple crucifix, puis à la charnière du XVI-XVIe siècle, le cortège processionnel avec sa composition plastique du paso s’est peu à peu imposé, conséquence des recommandations du Concile de Trente sur les commémorations plastiques des mystères de la Passion et de la Crucifixion. L’antécédent du paso est la roca, représentation théâtrale itinérante de thème religieux qui avait lieu sur des charrettes à l’occasion de la célébration du Corpus Christi (3). Ces rocas mettaient en scène un « paso » o « pasaje » (passage) de l’Évangile. Cette évolution du défilé de pénitence avec l’introduction du paso a encouragé le développement de l’art de la sculpture des images processionnelles (imaginería) et l’artisanat ornemental (orfèvrerie, luminaire, broderie) qui perdurent de nos jours puisqu’ils sont liés à la demande artistique des confréries (4). Bien qu’elles aient connu, au cours de leur histoire, différentes périodes de crises marquées par des restructurations et des réorganisations (5), les confréries de pénitence et leurs défilés processionnels vivent aujourd’hui la période la plus florissante de leur histoire, la Semaine Sainte représentant aux yeux des Andalous la plus importante célébration du calendrier liturgique, mais aussi un marqueur d’identité (6).
Il s’agira, pendant cette journée d’études, de s’interroger sur les causes de la survivance de l’esthétique baroque dans la Semaine Sainte andalouse. Cette réflexion, menée par différents spécialistes d’Histoire de l’Art, du théâtre et d’anthropologie du Siècle d’Or à nos jours, pourrait aboutir à la formulation de nouvelles hypothèses allant au-delà de l’explication la plus communément admise qui associe la survivance du baroque dans l’esthétique religieuse andalouse, en particulier celle de la Semaine Sainte, à la splendeur économique et culturelle de l’Andalousie pendant le Siècle d’Or (7).
Le paso n’est pas un char proprement dit puisqu’il n’est pas tiré mécaniquement, mais porté par un groupe d’individus, au nombre variable, appelés « costaleros » ou « cargadores » selon la tradition de portage. Le paso est composé d’une plate-forme en bois ouvragé et luxueusement décorée d’orfèvrerie, percée d’ouvertures afin de permettre aux porteurs, recouverts par un lourd rideau de velours, de respirer. Cette plate-forme est surmontée d’une superstructure d’orfèvrerie ornée de candélabres, cierges, angelots et gerbes de fleurs et sur laquelle se dresse la ou les images : une représentation sculptée du Christ — captif (cautivo), portant sa croix (nazareno) ou crucifié – (crucificado) —, tout un groupe sculpté si l’ensemble représente une scène de la Passion (paso de misterio). Lorsque le paso porte une représentation de la Vierge, il est couronné d’un gigantesque dais (paso de palio). Les images des Christs captifs ou portant la croix ou des Vierges sont parées de vêtements cérémoniels en velours brodé. Les porteurs du paso, cachés sous le rideau de velours, sont guidés par un contremaître (capataz) qui donne ses ordres au moyen d’un martelet (llamador) intégré à la superstructure.
L’ensemble de la composition plastique du paso, de l’orfèvrerie aux images, est fortement empreinte d’esthétique baroque. Cette présence du baroque s’explique, en partie, par les origines des confréries dites «de la Semaine Sainte» ou «de la Passion». et du défilé processionnel. En effet, les confréries de pénitence dévouées aux saints mystères de la Passion et de la Crucifixion sont apparus au XVIe siècle et ont connu une période de splendeur au cours du siècle suivant (2). Au départ, les membres de la confrérie effectuaient leur défilé de pénitence en portant un simple crucifix, puis à la charnière du XVI-XVIe siècle, le cortège processionnel avec sa composition plastique du paso s’est peu à peu imposé, conséquence des recommandations du Concile de Trente sur les commémorations plastiques des mystères de la Passion et de la Crucifixion. L’antécédent du paso est la roca, représentation théâtrale itinérante de thème religieux qui avait lieu sur des charrettes à l’occasion de la célébration du Corpus Christi (3). Ces rocas mettaient en scène un « paso » o « pasaje » (passage) de l’Évangile. Cette évolution du défilé de pénitence avec l’introduction du paso a encouragé le développement de l’art de la sculpture des images processionnelles (imaginería) et l’artisanat ornemental (orfèvrerie, luminaire, broderie) qui perdurent de nos jours puisqu’ils sont liés à la demande artistique des confréries (4). Bien qu’elles aient connu, au cours de leur histoire, différentes périodes de crises marquées par des restructurations et des réorganisations (5), les confréries de pénitence et leurs défilés processionnels vivent aujourd’hui la période la plus florissante de leur histoire, la Semaine Sainte représentant aux yeux des Andalous la plus importante célébration du calendrier liturgique, mais aussi un marqueur d’identité (6).
Il s’agira, pendant cette journée d’études, de s’interroger sur les causes de la survivance de l’esthétique baroque dans la Semaine Sainte andalouse. Cette réflexion, menée par différents spécialistes d’Histoire de l’Art, du théâtre et d’anthropologie du Siècle d’Or à nos jours, pourrait aboutir à la formulation de nouvelles hypothèses allant au-delà de l’explication la plus communément admise qui associe la survivance du baroque dans l’esthétique religieuse andalouse, en particulier celle de la Semaine Sainte, à la splendeur économique et culturelle de l’Andalousie pendant le Siècle d’Or (7).
Mercedes GÓMEZ-GARCÍA PLATA
Université de Paris III
Université de Paris III
(1) Le défilés des confréries de pénitence n’est pas une procession proprement dite, mais un chemin de pénitence (estación de penitencia) pour rappeler la Passion du Christ. Le vocabulaire de la Semaine Sainte distingue d’ailleurs entre hermandad (fraternité), association de laïcs ayant fait vœu de culte public aux mystères de la Passion et de la Mort du Christ, et cofradía (confrérie), la confrérie en action lors de son défilé de pénitence, cf. A. Burgos, Diccionario secreto de la Semana Santa, Sevilla, El Mundo Andalucía, 1989, entrées “cofradía”, “hermandad”.
(2) J. SÁNCHEZ HERRERO, La evolución de las hermandades y cofradías desde sus momentos fundacionales a nuestros días,
http://www.hermandades-de-sevilla.org/hermandades/historiahermandades.htm
(3) J. MARTINEZ VELASCO, La Semana Santa de ayer a hoy, Sevilla, Ed. Castillejo, 1992, p. 91-97.
(4) J. A.. SÁNCHEZ LÓPEZ, « Simbolismo ritual y puesta en escena de la escultura procesional en Andalucía », Artes y artesanías de la Semana Santa andaluza, vol. 2, El referente escultórico de la Pasión, J. L. Romero Torres (coordinador), Sevilla, Ediciones Tartessos, 2003-2004, p. 44.
(5) Las cofradías de Sevilla en el siglo de las crisis, L. C. ÁLVAREZ SANTALO, J. A.. SÁNCHEZ LÓPEZ, J. E. AYARRA JARNE, J. M. GONZÁLEZ GÓMEZ, J. RODA PEÑa (coords), Sevilla, Universidad de Sevilla, secretariado de publicaciones, 1999, p. 35-84.
(6) M, GARCIA PLATA ép. GOMEZ « La Passion selon les Andalous : La saeta flamenca ou chanter pour le Nazareno et la Dolorosa », Pandora, revue du Département d’Études hispaniques et hispano-américaines, Université de Paris 8, n°4/ 2005 : Sacré / Sacralité, p. 35-49. M, GARCIA PLATA ép. GOMEZ « Entre cortèges processionnels, vivas et olés : la réception de la saeta moderne (flamenca) lors de la Semaine Sainte andalouse », La réception des cultures populaires et cultures de masse en Espagne XVIIIe–XXe siècles, études coordonnées par S. SALAÜN et F. ETIENVRE, publication du CREC, collection «Les travaux du CREC en ligne » n° 6, ISSN 1773 0023, http://crec.univ-paris3.fr, mars 2009, p. 288-303
(7) S. RODRIGUEZ BECERRA, « La religión de los andaluces », in La Sociedad andaluza, E. Moyano Estrada y M. Pérez Yruela (coords.), Córdoba, Instituto de Estudios Sociales de Andalucía, IESA-CSIC, 2002, p. 169.
(2) J. SÁNCHEZ HERRERO, La evolución de las hermandades y cofradías desde sus momentos fundacionales a nuestros días,
http://www.hermandades-de-sevilla.org/hermandades/historiahermandades.htm
(3) J. MARTINEZ VELASCO, La Semana Santa de ayer a hoy, Sevilla, Ed. Castillejo, 1992, p. 91-97.
(4) J. A.. SÁNCHEZ LÓPEZ, « Simbolismo ritual y puesta en escena de la escultura procesional en Andalucía », Artes y artesanías de la Semana Santa andaluza, vol. 2, El referente escultórico de la Pasión, J. L. Romero Torres (coordinador), Sevilla, Ediciones Tartessos, 2003-2004, p. 44.
(5) Las cofradías de Sevilla en el siglo de las crisis, L. C. ÁLVAREZ SANTALO, J. A.. SÁNCHEZ LÓPEZ, J. E. AYARRA JARNE, J. M. GONZÁLEZ GÓMEZ, J. RODA PEÑa (coords), Sevilla, Universidad de Sevilla, secretariado de publicaciones, 1999, p. 35-84.
(6) M, GARCIA PLATA ép. GOMEZ « La Passion selon les Andalous : La saeta flamenca ou chanter pour le Nazareno et la Dolorosa », Pandora, revue du Département d’Études hispaniques et hispano-américaines, Université de Paris 8, n°4/ 2005 : Sacré / Sacralité, p. 35-49. M, GARCIA PLATA ép. GOMEZ « Entre cortèges processionnels, vivas et olés : la réception de la saeta moderne (flamenca) lors de la Semaine Sainte andalouse », La réception des cultures populaires et cultures de masse en Espagne XVIIIe–XXe siècles, études coordonnées par S. SALAÜN et F. ETIENVRE, publication du CREC, collection «Les travaux du CREC en ligne » n° 6, ISSN 1773 0023, http://crec.univ-paris3.fr, mars 2009, p. 288-303